Liste de lecture. Voir tout en noir

Observation sociale, pop culture et réflexion sociétale : le roman noir comme le polar, en disent long sur la société qui les voit naître.

Liste de lecture. Voir tout en noir

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20/6/2022
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Deux romans et une revue pour approcher les nuances de noir à la française. Entre suspense et observation sociale, pop culture et réflexion sociétale, le roman noir comme le polar, en disent long sur la société qui les voit naître. 

Revue Alibi. Bande-dessinée, portraits, enquêtes, interviews, reportages, chroniques : la revue Alibi concentre l’univers du polar et du noir tout en le faisant sortir de ses rails et de ses clichés. Avec un humour et des jeux assumés sur les signifiants policiers, elle donne à voir l’univers comme une culture à part entière, étroitement chevillée à la réalité qui nous voit évoluer. Si nous n’avons (pour la plupart d’entre nous, en tout cas) pas grand chose à voir avec le crime, nous sommes tous et toutes confronté·e·s, ne serait-ce que par les actualités, à ces termes, ces notions, ces histoires mal connues. En reliant les articles à des livres, films ou séries, la revue construit un réseau transversal où les genres se complètent et où la pop culture finit, mine de rien, par rejoindre la culture, voire l’Histoire. Je ne sais pas si vous avez besoin d’un alibi, mais d’une revue comme ça, oui. Editions Alibi

Retour à Malataverne (d’après Bernard Clavel). Pierre Léauté. À la fois noir et rural, ce roman nous emmène dans une France intemporelle et paupérisée par les débuts de la crise économique. Si l’on ne connaît pas la campagne et la brutalité d’un autre temps qui y règne, l’on pourrait penser que l’auteur joue avec des clichés dépassés depuis longtemps. Or, non, pas une seule seconde. Loin des villes, les rapports sociaux semblent encore hors du temps, ancrés sur des vieilles rivalités de familles « du coin », où les inimitiés se transmettent de génération en génération. Robert, fraîchement sorti de prison, va en faire les frais en retournant chez son père, dans son village natal où il a été mêlé à une complexe histoire de meurtre. Il compte refaire sa vie, mais ce n’est pas du goût de certains qui laissent volontiers le passé déformer le présent. Prolongement indépendant du « Malataverne » de Bernard Clavel, ce roman s’inscrit dans une tradition de rural noir à la française maîtrisé, où la brutalité affleure, sans que l’on ne parvienne à deviner si la rédemption est un droit ou doit s’acquérir au prix fort. Editions Mu

Jeannette et le crocodile. Séverine Chevalier. Il y a des voix comme ça. Qui parviennent à faire éclore l’humanité au beau milieu d’un tableau sale, où la misère humaine se dispute avec la dureté sociale. Séverine Chevalier nous plonge dans un monde qui n’est pas sans rappeler le noir à l’américaine, où les personnages sont toujours à la limite de renoncer, de se laisser happer par leurs démons ou leur solitude. Pourtant, c’est une histoire bien française qu’elle met en scène, avec cette petite fille qui rêve d’aller voir un crocodile trouvé dans les égouts. Pour Jeannette, qui a dix ans, c’est tout ce qui compte. Elle n’a pas conscience que les factures sont de plus en plus difficiles à payer, que les usines ferment, dans la station thermale où elle vit avec sa mère qui a un sérieux problème de boisson. Jeannette n’a pas conscience non plus que son enfance s’étiole au fur et à mesure que sa mère baisse les bras. Séverine Chevalier joue sur les ambiances avec une maîtrise impressionnante, parvenant à faire émerger la sensibilité de ses personnages plutôt que leur détresse. Sous l’aspect noir du texte, où la manipulation s’installe lentement, elle dégage un propos politique sur le rapport au corps, son usure par la vie et sa violence, spécialement lorsque l’on est une femme. Editions La Manufacture de livres

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