Liste de lecture. Petit format, grande lecture

Pas assez de temps, trop de choses à faire : combien sommes-nous à découvrir qu’une équation peut nous transformer en professionnel·le·s de l’équilibre ?

Liste de lecture. Petit format, grande lecture

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3/1/2022
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Pas assez de temps, trop de choses à faire : combien sommes-nous à découvrir qu’une équation peut nous transformer en professionnel·le·s de l’équilibre ? Combien sommes-nous devenir des circassien·ne·s de l’emploi du temps, tanguant dangereusement sur un vélo trop petit ? Pour résumer, beaucoup d’entre nous n’ont pas énormément de temps libre, pas assez, en tout cas, mais ne renonceront jamais à la lecture. Avec ces cinq livres de moins de 200 pages, bienvenue au club des lecteur·ice·s pressé·e·s mais intransigeant.e.s sur la qualité !

Terrils tout partout. Fanny Chiarello. Pour commencer, savez-vous comment ça se prononce, « terril » ? Parce que moi, jusqu’à ce que mes amis du Nord me reprennent, je le prononçais comme une parisienne, d’après ce qu’énonce Fanny Chiarello. Pour être honnête, avant le mois de mars dernier, je n’en avais encore jamais vu. Pourtant, le terril fait partie de histoire française, quelle que soit la région d’où l’on vient. Fanny Chiarello, originaire des Hauts-de-France, raconte dans ce court texte qui alterne entre la vision de l’adulte et celle de l’adolescente, l’histoire de ces collines artificielles, leur inscription dans le paysage mais surtout dans les vies des habitants de la région. Entre rêveries adolescentes et envies d’adulte, entre récit de soi et observation sociale, entre documentaire et déroulé historique, Fanny Chiarello prend son lecteur·ice par la main pour une plongée hybride au cœur de sa région. Encore un beau travail des éditions Cours Toujours, avec cette collection « La vie rêvée des choses » qui invite des auteur·ice·s des Hauts-de-France à écrire sur les objets du patrimoine et les faire découvrir. Editions Cours toujours 

À la pointe. Pierric Bailly. Faire se rencontrer, fusionner, presque, l’art qui s’expose dans des musées et la littérature, c’est le pari de « Récits d’objets », cette collaboration entre le musée des Confluences, à Lyon, et les éditions Cambourakis. Après avoir dévoilé plusieurs objets de sa collection sous les plumes, entre autres, de Valérie Rouzeau, Simonetta Greggio ou encore Ananda Devi, c’est le musée lui-même qui est décortiqué sous l’oeil de Pierric Bailly. Joueur, l’écrivain a contourné la consigne pour faire du musée l’objet de son exploration. Décortiqué, observé, apprivoisé, le bâtiment devient la pièce centrale d’un ballet urbain dont Pierric Bailly se fait l’observateur. L’investigateur, presque, puisqu’il choisit d’interroger celles et ceux qui occupent son parvis, le transforment en lieu de socialisation. Point de rencontre, espace de pratique sportive, de photo, le musée et son architecture particulière se vit également de l’extérieur. En déambulant, Pierric Bailly retrace l’histoire d’un quartier, trace des esquisses de vies, présentes ou passées, donne à voir le mouvement qui se dessine «  à la pointe » lyonnaise dans un exercice de ce style où la curiosité et l’humanité voisinent avec pudeur. Editions Cambourakis x Musée des Confluences

Double vitrage. Halldora Thorodsen. Traduction de l’islandais par Jean-Christophe Salaün. Rares sont les textes, en tout cas, j’aurais du mal à vous en citer au pied levé, qui mettent en scène des personnes âgées. Encore plus rares, les amours entre personnes âgées. Et par « personnes âgées », je ne veux pas dire Sophie Fontanel. L’âge reste un tabou sans nom, ajoutant un dose de poids social à chaque décennie. Dans ce court roman islandais à la narration singulière, rythmée par de très courts aphorismes poétiques, dont on ignore s’ils expriment la présence de la narratrice ou des incursions dans la pensée de l’héroïne, il est question d’une histoire d’amour entre deux personnes de plus de soixante-dix ans. Si l’on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, on l’est un peu plus quand on dépasse les sept décennies de vie, que l’on entend distinctement l’horloge de la solitude et de la mort et qu’une famille veille de près à l’héritage. Par son écriture toute en retenue et une narration étirée, Halldora Thorodsen, autrice prolifique décédée en 2020, dessine un portrait impressionniste de la vieillesse et de ses enjeux. Loin de se complaire dans le misérabilisme ou une certaine fatalité, elle pointe la violence de la société, qui tourne si facilement en dérision les amours tardives, la pression familiale, l’angoisse de la mort. Avec une certaine mélancolie teintée de tendresse, elle rend hommage à l’amour, qui n’a jamais eu d’âge. Editions Bleu & Jaune

Les cicatrisés de Saint-Sauvignac. Jean-Philippe Baril Guérard, Sarah Berthiaume, Sarah Berthiaume, Mathieu Handfield. On connaissait Bouclard, la revue, voici Bouclard les éditions ! Avec la collection « 109 » (comme « sang neuf », pour celles et ceux qui n’ont pas l’esprit conceptuel), pas de contraintes de genre ou de style, seulement des textes courts, de fiction. Et c’est une drôle de fiction que livre ce quatuor, composé de trois garçons et une fille, tous originaires du Québec et ayant écrit un chapitre chacun·e. Dans une ville fictive d’un coin paumé, une banlieue insipide et sans âme où tout le monde, s’ennuie à mourir et a un grain, un parc aquatique va voir le jour. Enfin, un truc à faire pour les lycéens sans grandes sources de divertissement. Mais, il y a toujours un mais, un clou mal enfoncé dans la structure va faire sévèrement prendre l’eau à cette lueur de nouveauté. Résultat : 108 gamins blessés pour une seule glissade dans le toboggan géant. De là, tout part en vrille, adultes comme adolescents. Avec un sens de l’humour grinçant et une certaine propension à l’absurde, le quatuor plonge dans l’esprit des ados pour mieux pointer les dysfonctionnements des adultes. À travers un style parlé particulièrement maitrisé, l’histoire prend des allures de conte moderne un peu déjanté, où les plus crétins ne sont pas les adolescent·e·s et leurs obsessions, mais bien la société et les parents, englués dans un mélange de démission et de culpabilité. Editions Bouclard

Oiseau. Sigbjørn Skåden. Traduction du norvégien par Marina Heide. Quel drôle de récit de science-fiction… Plus poétique et humain que technologique, ce court texte nous emmène sur une planète, Home, où le bruit de fond est tel que l’on ne parle pas. Bruit du soleil qui éclaire ce monde de noir, rouge et blanc, sans la moindre nuance, et détraque les humains, les machines, les animaux. La voix ne porte pas, les humains qui vivent là-bas se « parlent » par écrit, à l’aide de claviers intégrés aux combinaisons. Le silence des protagonistes déteint sur la narration, l’ambiance qui se dégage de cet univers à des années-lumières de ce que l’on connaît du Space Opera et ses cohortes de colons sur-équipés. Ici, les conditions naturelles ont fait de cette planète un monde agraire, lent, et très simple. Pourtant, la violence est tapie, décrite par petites touches d’une discrétion élégante. Lorsque de nouveaux arrivants, venus de la Terre, surgissent, la fragile communauté va vaciller, confrontée à ses paradoxes et ses limites… Poète, Sigbjørn Skåden, décrit un monde étrange et envoûtant, loin de tout ce que les clichés du genre ont établi. Hostile, brutale, cette planète n’a rien d’une maison (Home), rien de réconfortant. Dernier titre de la collection « Agullo Court », cette novella invite à drôle de voyage spatial. Editions Agullo

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