[INTERVIEW] Stéphanie Morelli, directrice de la Maison de la Poésie des Hauts-de-France

Qu'est-ce qu'une "maison de la poésie", quelles sont ses missions, entre animations et médiation ? Stéphanie Morelli, directrice de la vous ouvre grand les portes de cette belle demeure où la poésie s’incarne au quotidien.

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[INTERVIEW] Stéphanie Morelli, directrice de la Maison de la Poésie des Hauts-de-France

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15/2/2024
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Depuis quelques petites années, la poésie prend des couleurs. L’image poussiéreuse qui lui était (malheureusement) associée s’efface devant les mots d’une génération de voix singulières, bien vivantes et ancrées dans leur époque, des voix de femmes, beaucoup, d’ailleurs. La poésie se lit, la poésie s’écrit, et la poésie se vit, comme le montrent les nombreuses actions de médiation menées autour d’elle et grâce à elle. La Maison de la Poésie des Hauts-de-France est un bel exemple de cette dynamique. Mais qu’est-ce qu’une « maison de la poésie » ? Quelles sont ses missions ? À qui sont destinés ses animations, ses ateliers, ses rencontres ? Quelles sont les activités proposées ?  Quels sont leurs publics ? Stéphanie Morelli, directrice de la Maison de la poésie, vous ouvre grand les portes de cette belle demeure où la poésie s’incarne au quotidien.

Qu’est-ce qu'une « maison de la poésie » ? Quelles sont vos missions, vos objectifs ?

Il existe une très grande diversité de maisons de la poésie, en France et ailleurs. Nous sommes toutes réunies au sein du réseau MAIPO, qui fédère trente-cinq structures, en France, en Belgique, en Suisse, au Canada… Certaines maisons sont nomades, d’autres concentrées sur un gros festival annuel, quelques-unes intègrent un lieu de résidence, ou une maison d’édition. Mais la même volonté, chevillée au cœur et au corps, nous anime : diffuser le genre poétique, la poésie, partout, pour tous !

Ici, à la Maison de la Poésie des Hauts-de-France, nous œuvrons pour cela depuis 1991, dans une grande bâtisse ancienne située au cœur de la forêt, près de Béthune (62). Pour cela, nous mettons en place une programmation, à la fois dans la maison, mais également hors les murs. Nous proposons aussi de nombreuses interventions poétiques, grâce à la vingtaine d’auteurs avec laquelle nous travaillons. Des interventions en établissements scolaires majoritairement (79% de nos interventions), mais aussi dans les maisons de retraites, IME, CCAS, hôpitaux, EPSM… Enfin, nous avons aussi une activité d’édition. A travers deux revues : L’Estracelle, aussi veille que la maison, plutôt destinée aux adhérents de notre association et, plus largement,, aux férus de poésie, elle propose un regard essentiellement sur la poésie en région. Notre nouvelle revue TOHU-BOHU, quant à elle, s’adresse au grand public, propose des croisements artistiques, une rubrique pour les plus jeunes, et est diffusée en librairie. Nous avons également, dans notre maison d’édition, une collection de poésie européenne bilingue (trente titres au catalogue), avec de nombreuses pépites.

Comment définissez-vous vos animations, ateliers et autres activités, nombreuses tout au long de l’année ?

Oui, nombreuses, fournies, variées, réjouissantes, essentielles !

Nous proposons tout d’abord une programmation dans la maison, qui a une jolie salle de réception, carrelage en damier noir et blanc, boiseries, bow window donnant sur la nature, on s’installe dans un canapé, prêt à écouter, participer… On finit toujours avec un moment convivial, le public adore et revient ! Tous les premiers mercredis du mois, nous avons une scène ouverte, le rendez-vous des poètes, à la maison de la poésie, qui rencontre un grand succès, comme toutes les scènes ouvertes, à Marly les Valenciennes, Saint Omer, dans le Boulonnais ou sur la Métropole lilloise… On sent cette envie de s’exprimer, et on souhaite l’accompagner, en étant le relai de ces initiatives. Dans la maison, on va également avoir en moyenne deux autres évènements mensuels, selon les envies des spectateurs, et les propositions des auteurs, que l’on essaie de faire coïncider. On aime aussi s’amuser, mélanger, innover : on a pu faire un escape game poétique, un spectacle poétique autour du foot (si, si, ça fonctionne bien !) ou encore des randonnées poésie.

Pour le hors les murs (70% de notre programmation), nous répondons essentiellement à de nombreuses sollicitations de nos partenaires, particulièrement avec les médiathèques de la région, mais aussi EDEN 62, la Comédie de Béthune, les associations de libraires et d’éditeurs, l’agence du livre… pour n’en citer que quelques-uns.

Vous réalisez des actions de médiation sur le territoire des Hauts-de-France, quel accueil recevez-vous ?

En effet, nous réalisons de très nombreuses interventions poétiques. En 2023, nous avons travaillé avec une trentaine d’établissements scolaires, deux hôpitaux, trois CCAS, une dizaine de médiathèques, un théâtre…, où nous avons fait intervenir plus de vingt auteurs. Quel que soit le public, jeunes, malades, personnes âgées ou handicapées, ces rencontres sont formidables ! D’abord car elles permettent au public de s’exprimer, de pouvoir, en quelques séances, en quelques mots, raconter quelque chose. C’est souvent très touchant, émouvant, parfois même libérateur, toujours satisfaisant ! Ces ateliers d’écriture peuvent se poursuivre par la mise en voix des textes : la fierté que l’on peut lire sur les visages, de réussir, ainsi, à s’exprimer, c’est vraiment l’un des aspects les plus magiques de notre travail. La médiation, cela va aussi être de proposer des lectures, d’accompagner des textes, des auteurs… Là encore, on essaie d’aller vers un public le plus nombreux possible, pas forcément averti !

Quels sont les temps fort de la Maison, les événements phare ?

Nous avons un festival d’éco-poésie, au printemps, Les Frondaisons, l’occasion d’investir notre magnifique parc !

La poésie connaît un fort engouement depuis plusieurs années, elle s’est « dépoussiérée ». Comment expliquez-vous cette direction ? Le constatez-vous au cours de vos actions ?

Complètement ! La poésie a longtemps souffert d’une image vieillotte, dépassée… Désormais, les librairies commence à consacrer un (petit) rayon à ce genre poétique, il faut dire que les éditeurs font des propositions réjouissantes, avec des livres colorés, une vraie recherche graphique, attirante, on pense au Castor Astral, à l’Iconoclaste, mais aussi à 10 pages au carré ou encore La Clé à molette… Et puis, surtout, on a aussi des autrices et auteurs qui font des propositions variées, qui plaisent beaucoup aux jeunes générations. Cécile Coulon, Lisette Lombé, Mélanie Leblanc, Aurélie Olivier…, on ne peut pas dire que ces autrices proposent des choses poussiéreuses (rires). Après, ne crions pas victoire trop vite, nous avons encore beaucoup à faire, et c’est un travail passionnant, qui nous anime chaque matin, pour montrer que la poésie est accessible, vitale, porteuse de messages contemporains comme, aussi, simplement, un moyen de percevoir la beauté du monde.

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