[INTERVIEW] Rosalie Stroesser : "Shiki parle de mon image idéalisée du Japon et de mes désillusions"

Quatre saisons, quatre épisodes dans la vie d’une jeune française qui s’envole pour le Japon sans avoir d’idée reçue sur ce qu’elle va y chercher. Rosalie y trouvera une certaine beauté, mais son voyage ne sera pas de tout repos, jalonné d’épisodes traumatiques et violents, sans pour autant occulter l’attrait de l'autrice pour ce pays.

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[INTERVIEW] Rosalie Stroesser : "Shiki parle de mon image idéalisée du Japon et de mes désillusions"

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3/11/2023
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Quatre saisons, quatre épisodes dans la vie d’une jeune française qui s’envole pour le Japon sans avoir d’idée reçue sur ce qu’elle va y chercher. Rosalie y trouvera une certaine beauté, mais son voyage ne sera pas de tout repos, jalonné d’épisodes traumatiques et violents, sans pour autant occulter l’attrait de l'autrice pour ce pays. À la fois auto fiction, récit initiatique, carnet de voyage, Shiki pose un regard pluriel sur le Japon et l’abord d’une culture différente. Premier album très cinématographique et magnétique, Shiki dessine le portrait d’une autrice singulière au trait affirmé. 

C’est votre première BD, quelles sont vos sources d’inspiration ? Notamment graphiques, avec ce travail très particulier de lignes marquées et de cadrages cinématographiques ?

Ma source d’inspiration principale au niveau graphique est le mangaka Shigeru Mizuki. J’aime énormément son utilisation du noir et blanc, l’équilibre qu’il trouve, les contrastes. J’aime aussi beaucoup ses personnages souvent très simples, très cartoon, si expressifs et si drôles posés sur des décors au contraire très fouillés, très minutieux. C’est ce que j’ai tenté de faire dans Shiki, pour pouvoir mettre en lumière la beauté du Japon, faire ressentir des ambiances au maximum, pour que le lecteur se sente voyager. 


Envisagez-vous toujours de réaliser une BD à partir de vos voyages ? À quel moment vous dites-vous que vous allez créer un album ?

Avant de partir j’avais envisagé de tenir un genre de carnet de voyage et éventuellement de publier de petits strips sur Tumblr (époque pré-instagram), ce que je n’ai finalement pas fait. Je me suis rendue compte que je dessine assez peu quand je voyage, je ne ressens pas ce besoin que beaucoup d’illustrateur•ices ont de remplir des carnets, sauf si j’y vais expressément dans ce but.

Par contre j’ai su assez vite à mon retour que j’avais envie de raconter ce voyage, ces expériences, mais c’était trop tôt, j’avais besoin de recul et de digérer ce que j’avais vécu là-bas. 


Comment travaillez-vous, avez-vous construit cet ouvrage ?

Pour cette bd, je n’ai pas travaillé de façon très classique, c'est-à-dire commencer par un scénario, un découpage, puis finir par la réalisation des planches. J’avais une idée de la structure, de mon chapitrage, et j’ai procédé au fur et à mesure, scène par scène. Je faisais une liste d’événements, j’écrivais les dialogues, je storyboardais, j’encrais, puis je passais à la scène suivante. J’ai commencé par le chapitre 3, le printemps, qui est le chapitre le plus court, le plus contemplatif. C’était mon chapitre test, au niveau graphique et au niveau du rythme.


Comment choisissez-vous ce que vous allez raconter, comment s’opère le travail scénaristique d’un voyage réel ?

Je savais d’une part quels éléments vécus marquants j’avais envie d’évoquer, et d’autre part quelles ambiances fortes je voulais tenter visuellement de retranscrire. J’aime beaucoup les films et les bandes dessinées contemplatives qui transportent le spectateur ailleurs. Ensuite j’ai tenté de lier tout ça de façon fluide, avec un rythme à peu près cohérent. Ce voyage remonte à 2015-2016 donc je ne me rappelle évidemment pas de tout ce qui s’est passé pendant cette année. Le temps s’est chargé de faire le tri, de gérer les ellipses pour moi.

Page intérieure de Shiki
Page intérieure de Shiki


Quel regard portez-vous sur ce voyage et l’ouvrage que vous avez réalisé ?

Ce voyage a été très marquant. Je ne regrette pas du tout d’être partie là-bas, malgré les expériences traumatisantes que j’ai vécues et que j’ai mis du temps à surmonter. Je trouve ma relation d’amour/désamour avec ce pays intéressante et je pense que je ne serai jamais neutre au sujet du Japon. Ce pays m’attirera toujours. Je suis contente d’avoir pu évoquer cette relation dans ma BD, d’avoir réussi (je crois) à faire passer cette dualité. Bien sûr je vois aussi tous les défauts du livre et je suis bien contente d’avoir l’excuse du « premier ouvrage ».

Extrait du storyboard de Shiki
Croquis de l'intérieur


Sur quoi travaillez-vous et avez-vous particulièrement envie de travailler ?

Je commence tout juste à travailler sur un nouveau projet de BD, de fiction cette fois-ci. Je crois que la thématique idéalisation/déception me parle beaucoup. Shiki parle de ça, de mon image idéalisée du Japon et de mes désillusions. Ce nouveau projet sera similaire sur ce point. 

J’aimerais aussi travailler sur d’autres projets avec un•e scénariste car je ne suis pas entièrement sûre d’être capable d’écrire à nouveau et que travailler à 4 mains me tente pas mal. 

Shiki. Rosalie Stroesser. Editions Virages Graphiques

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