À la découverte d'une nouvelle collection, pour passer une heure à avoir les cheveux qui se dressent sur la tête. Merci Faute de Frappe.
Il paraît que la nouvelle ne se vend pas. Il paraît que la nouvelle n’est pas un créneau éditorial porteur. Il paraît… beaucoup de choses que la maison d’édition La Reine Blanche, spécialisée dans la nouvelle et le récit court, a la bonne idée de ne pas avoir écoutées. Fondées en 2016 par Isabelle Taillandier, la maison d’édition indépendante porte les bonnes nouvelles dans des formats élégants, bien pratiques à glisser dans sa poche. Rencontre avec une éditrice qui fait voisiner recueils, récits, novellas et nouvelles à l’unité, le tout porté par des illustrations élégantes.
Je suis éditrice parce que... j’en avais assez d’attendre que les autres éditeurs s’intéressent aux traductions que je leur proposais.

Comment êtes-vous devenue éditrice ?
Un jour, je prenais un thé avec une amie au courant de mes démarches depuis plus d’un an. Elle m’a demandé où j’en étais. Ce jour-là, j’étais en colère car je recevais des « oui mais », « c’est intéressant mais », « pourquoi pas mais ». Je lui ai répondu : « Ah, si j’avais ma maison d’édition, j’aurais perdu moins de temps ! » Elle m’a regardée fixement et m’a dit : « Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? » Voilà comment je suis devenue éditrice.
Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de votre maison ?
J’aime les textes qui percutent, ou qui laissent derrière eux un halo de nostalgie. Je pense que cela caractérise tous les textes que j’ai publiés.
Pourquoi avoir choisi cette spécialisation dans la forme courte ?
Parce que, pour moi, c’est la meilleure façon d’atteindre l’objectif décrit à la réponse précédente. Je trouve aussi que la forme courte est beaucoup plus exigeante que le roman, elle demande à l’écrivain une plus grande maîtrise du processus narratif et du lexique ; j’aime la difficulté, les défis. Depuis que je lis de façon intense des formes courtes, je me rends également compte qu’elles m’apprennent bien plus sur l’art d’écrire que le roman, actuel s’entend.
On raconte de tout sur les sélections de manuscrits, comment les lisez-vous ? Comment choisissez-vous vos auteur·rice·s ?
Il faut distinguer les textes étrangers des textes francophones. Pour les premiers, comme je lis l’espagnol et l’allemand couramment, je cherche des textes ; pour les autres langues, ce sont les traducteurs qui viennent à moi, me proposent des textes que j’accepte ou pas. Pour les auteurs francophones, la procédure a beaucoup évolué. Au début, j’étais seule et comme je suis également enseignante, chercheuse et traductrice, je n’y arrivais pas. Maintenant, j’ai un comité de lecture : nous sommes quatre et nous procédons en plusieurs étapes.

Quels sont les enjeux spécifiques liés à la publication de textes courts ? On dit beaucoup que la nouvelle ne se vend pas en France, que pensez-vous de cette idée reçue ?
Comme toute idée reçue, elle est fausse. Pour ma part, j’aurais tendance à dire que c’est comme les « moutons de Panurge » : il a dû y avoir un jour dans une émission de radio ou de télévision une personne – je dirais perfidement qu’elle voulait se faire remarquer – qui a dit cela. Et puis, on sait comment ça marche, les autres ont répété, sans chercher à en savoir plus. Ce qui est déplorable, c’est que les libraires affirment aussi cela. Or, s’ils ne mettent pas la forme courte en avant, s’ils se contentent de Maupassant et de Mérimée – je veux dire par là des classiques – il est certain qu’ils ne vont pas la vendre. Nous sommes un groupe d’éditeurs indépendants à être en pourparlers avec certains libraires afin qu’ils acceptent de créer un rayon « formes courtes » dans leur librairie. On verra bien.
Maintenant les enjeux. Certains éditeurs diront que le problème, c’est le recueil, forcément fragmenté, peut-être inégal. Je ne suis pas d’accord. Personnellement, j’aime cette fragmentation. J’aime lire une nouvelle, arrêter ma lecture pour y réfléchir, puis continuer. Fait-on la même critique pour les albums de musique ? Non ! Eh bien, pour moi, un recueil de nouvelles, c’est comme un CD, chaque texte a son rythme, sa propre mélodie, son thème. L’enjeu pour un éditeur de formes courtes est donc de trouver les recueils qui auront su intégrer un leitmotiv dans la diversité des textes.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?
Comme je suis une chercheuse dans l’âme, la première chose qui me plaît, ce sont les découvertes que je fais, les pépites que je trouve ou qu’on me propose. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas forcément, ce sont surtout les rencontres merveilleuses que ce métier m’a permis de faire. Certains de mes auteurs, préfaciers et illustrateurs sont devenus des amis et ça, c’est un magnifique cadeau de la vie !

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