Rencontre avec Céline Arnoult, la fondatrice de la maison Kiléma, spécialisée dans les "Livres Faciles à Lire et à Comprendre" (FALC)
Comment lire des livres lorsque l’on souffre de difficultés à lire et à comprendre, que ce soit en raison de handicaps, d’âge, de troubles, de différences de langues ? Avec les livres « FALC » (Facile à Lire et à Comprendre), Kilema propose des titres traduits du français vers le facile à lire et à comprendre, véritable langue qui obéit à ses lois et ses règles. Ainsi, les lecteur·rice·s de tous horizons peuvent découvrir l’immense diversité de la littérature, en dépit de leurs difficultés, et partager leurs ressentis sans limites. Véritablement inclusive, la maison d’édition indépendante Kiléma ouvre les pages de la littérature pour tous·tes. Rencontre avec la fondatrice, Cécile Arnoult.
Je suis Éditrice... Parce que je suis convaincue que la lecture est un droit fondamental et que chacun doit pouvoir accéder à la richesse de la littérature, quelle que soit sa singularité.
Comment êtes vous devenue éditrice ?
Je ne viens pas du monde de l’édition. C’est mon histoire personnelle qui m’a menée sur ce chemin. Ma fille Lucie, porteuse de trisomie 21, avait soif d’histoires, de livres, mais l’offre existante n’était ni adaptée ni engageante. J’ai alors décidé de créer une maison d’édition qui répondrait à ce manque, en me formant, en m’entourant de professionnels et en écoutant surtout les premiers concernés.

Que signifie "Kiléma", le nom de la maison ?
Kiléma est un mot malgache qui veut dire "Handicap".
Pourquoi avoir fondé une maison d’édition dédiée au « FALC », le « Facile à Lire et à comprendre » ?
Parce que le FALC est un outil formidable d’inclusion. Il permet à des millions d’avoir enfin accès à une littérature exigeante, belle et accessible. Ce n’est pas une sous-littérature, c’est une autre manière d’écrire, plus claire, mais toujours respectueuse de l’œuvre originale.

Quels sont les publics des livres FALC ?
Nos lecteurs sont très divers : enfants, adolescents ou adultes avec une déficience intellectuelle, personnes avec autisme, troubles DYS, Alzheimer, personnes allophones ou en apprentissage du français, personnes sourdes. Nous sommes lus dans des établissements scolaires, des médiathèques, des foyers, des assocations de lutte contre l’illetrisme.

Quels sont les enjeux propres à ce segment, notamment en terme de fidélité au manuscrit d’origine ?
Le principal enjeu, c’est l’équilibre subtil entre fidélité et accessibilité. Il ne s’agit pas de simplifier à outrance ni de trahir l’esprit du texte. Il faut comprendre l’intention de l’auteur, garder la tonalité, les émotions, les messages clés, tout en reformulant, en découpant, en illustrant parfois. C’est un travail d’adaptation littéraire très exigeant. Nous avons en interne une phrase fétiche : la simplification via le FALC n’est pas l’amputation du sens, mais la valorisation de l’essence du texte original.
Comment se déroule le travail d’édition d’un livre « FALC », qu’il s’agisse d’une adaptation ou d’une création ?
Nous partons d’une œuvre existante ou d’un texte original. Une traductrice littéraire spécialisée en FALC s’en empare et le réécrit selon les règles FALC. Ensuite, notre équipe effectue une relecture interne, puis une relecture par un comité de personnes concernées. Ce retour est essentiel : il valide ou ajuste le texte. Enfin, nous travaillons la mise en page, la police, les illustrations, pour offrir un livre beau et accessible.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?
Quand un lecteur me dit : “C’est la première fois que je lis un vrai livre tout seul.” Ce seul témoignage efface tous les doutes. C’est ce qui me fait avancer. Ce métier me permet aussi d’explorer la langue, de rencontrer des auteurs, des familles, des lecteurs passionnés, et de faire bouger les lignes sur ce qu’on pense de l’accès à la culture.
Quels sont les titres que vous préférez chez vous ?
Je suis très attachée à L’étranger de Camus car c’est le premier que nous avons traduit. Nous nous sommes directement attaqués à un prix Nobel de littérature et je me souviens que nous étions très angoissées du possible refus de la traduction de la part de la Fondation Camus et que nous avons pleuré à la réception des ouvrages imprimés. Les petites reines de Clémentine Beauvais est un autre coup de cœur pour sa fraîcheur et son humour et pour la rencontre avec Clémentine.
L’histoire de l’impressionnisme écrit par Coline Zelal et que nous avons réalisé partenariat avec le Musée d’Orsay est également une très grande réussite éditoriale avec un partenaire prestigieux.

![[INTERVIEW] Antonin Feurté : "J’avais à cœur d’écrire la peur"](https://cdn.prod.website-files.com/63bc3dced6941a828cf893ac/699f13f3e1008970a0046c87_lacherleschiens-antoninfeurte.jpg)
![[INTERVIEW] Aurélien Lemant : "La musique est la condition nécessaire à l’arrivage de mon écriture"](https://cdn.prod.website-files.com/63bc3dced6941a828cf893ac/6932fcb509fb2074a8c499ec_aurelien-lemant-doigts-tony-iommi.jpg)