Découverte d'un premier roman entre effondrement et nature, porté par la plume inspirée d'un artiste en lien profond avec la nature.
Ecrire, traduire, éditer. Trois grandes lignes directrices du travail de Laurent Queyssi, auteur et traducteur, et par ailleurs directeur éditorial chez Styx, la nouvelle collection des éditions Fleuve dédiée à l’horreur et au fantastique contemporain. Comment cumuler toutes ces activités sans rien perdre de sa créativité ? Comment dénicher de nouveaux textes ? Qu’apporte une vision à 360° sur le textes ? Dans cet entretien, il est question de rapport à la création, de rapport au texte, de rapport à l’imaginaire et aux tendances éditoriales.

Auteur, traducteur, directeur de collection : comment s’équilibrent toutes ces missions et fonctions ?
Elles ne s’équilibrent pas. Pas vraiment. Depuis que j’ai commenc é à diriger la collection, je trouve difficilement le temps d’écrire. J’ai réussi à pondre trois nouvelles qui m’ont été commandées et j’avance péniblement sur un projet bd et un récit un peu plus long, mais j’ai du mal à trouver des plages de temps suffisamment longues pour progresser véritablement. Et cela me manque un peu.
Arrivez-vous à conserver de l’espace mental, et du temps, pour écrire ?
En ce moment, j’ai du mal à le trouver, cet espace mental, mais je sens que je commence à mieux gérer la situation. Le début de la collection a été très chronophage, car il fallait préparer en quelques mois toute une année de publications, mais les choses se calment un peu. En tout cas, elles s’étalent un peu plus. Le nombre de manuscrits à lire ne se réduit pas, lui, en revanche. J’ai toujours écrit en dehors de mes autres activités, comme pourrait le faire quelqu’un qui a un travail salarié, ou un professeur, par exemple. Ce n’est qu’à de rares occasions (un scénario de film vendu ou une bourse) que j’ai pu consacrer toutes mes journées à l’écriture. Et je dois avouer que ça change tout. Cela dit, je ne sais pas si je pourrais ne faire que ça 52 semaines par an. J’aime bien changer de casquette de temps en temps. Pour toujours revenir à l’écriture, au fond.
Qu’est-ce qui vous a interpellé dans l’univers dit de "l’imaginaire" au point d’en faire votre univers professionnel ?
J’ai toujours été attiré par ces mondes différents qui me sortaient de mon quotidien banal, et ce aussi loin que je me souvienne. Enfant, je préférais les récits type Capitaine Flam (le Captain Future des pulps, comme je l’apprendrai plus tard) aux histoires plus terre à terre. Je crois qu’il y a sans doute une disposition d’esprit à la base et j’ai toujours recherché, consciemment ou non, le sense of wonder. Mais il n’y a pas d’événement extraordinaire ou de chemin de Damas à la base de mon parcours. C’est une attirance naturelle vers les genres puis la littérature au sens large. Mes envies personnelles ont guidé mes choix scolaires et professionnels, au final. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Même si ce n’est pas simple non plus…


Vous écrivez dans des genres différents, qu’est-ce qui vous guide vers un univers plutôt qu’un autre au moment de commencer à réfléchir à un texte ?
C’est l’idée qui définit le genre. Et je ne me pose jamais la question du genre. D’ailleurs, parfois, il n’y a pas vraiment de genre. Ou un mélange de plusieurs. Les univers que je développe dépendent de l’idée, de la thématique et ne sont pas à l’origine de la création (sauf dans certains cas précis, comme l’uchronie que je développe en ce moment, même si ça pourrait se discuter). Tout ça est assez mystérieux, la naissance des idées. Même pour moi.
Vous êtes directeur de collection chez Styx, comment se passe le travail de recherche de textes et de voix ?
Je reçois des manuscrits et je m’intéresse depuis des années aux nouveautés du genre fantastique et horreur. Et je lis les textes en question. C’est aussi simple que ça. J’avais déjà, avant de commencer, repéré des auteurs ou des textes anglo-saxons qui méritaient d’être traduits, mais sinon j’explore et je trie, selon mes goûts. La seule règle que je me suis fixée, c’est de publier des textes auxquels je crois à 100 %. Qui m’ont plu au point de pouvoir les défendre inconditionnellement.

Qu’est-ce qui retient votre attention, votre intérêt pour une publication dans un texte que l’on vous présente ?
Ça peut être un décor, des personnages, une idée novatrice. Ça fluctue. Une chose qui reste, c’est l’importance que j’accorde à l’écriture, à la maîtrise du récit et des personnages. Une excellente idée peut être gâchée par un problème d’exécution. L’écriture demande au minimum un certain savoir-faire qui doit aller de pair avec le talent. Je n’ai pas de goûts particuliers et suis capable d’apprécier autant un récit gothique qu’un slasher ou un texte de fantastique historique. La pertinence de l’œuvre seule m’importe. Mais la qualité de l’écriture peut faire la différence et les problèmes de maîtrise du style vite devenir rédhibitoire.

Quelles seraient les "tendances" que vous observez dans l’imaginaire, genre en plein développement constant depuis plusieurs années ?
Je ne pense pas être expert de « tendances », mais comme tout le monde je juge avec ce que je vois en regardant dans le milieu de l’édition et en librairie. Nous sommes en pleine tendance « romantasy » et ses dérivés avec très peu de textes de science-fiction intéressants publiés chez des gros éditeurs. La SF est devenue une littérature de niche, très bien défendue par des éditeurs indépendants pour qui ça fonctionne, mais qui, à quelques exceptions près, n’a plus le même impact qu’il y a encore 10 ou 15 ans au niveau commercial. Je regrette un peu d’ailleurs que pas mal de textes de SF que je lis actuellement publiés dans des collections adultes me paraissent du YA déguisé. Des récits avec des personnages adultes, mais au comportement ou aux problématiques adolescents. J’aimerais trouver des choses plus percutantes, aux thématiques plus fortes et moins convenues. C’est ce qui me plaît dans l’horreur actuelle : toute une nouvelle génération d’auteurs et d’autrices (plus d’autrices, sans doute que d’auteurs) se frottent au monde contemporain comme a pu le faire à une époque la SF. Des sujets brûlants, sociétaux, globaux ou intimes sont abordés de front, sans prendre de gants. C’est super réjouissant pour quelqu’un comme moi qui lit de la littérature contemporaine pour être en prise avec le monde.


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