Rencontre avec Céline Arnoult, la fondatrice de la maison Kiléma, spécialisée dans les "Livres Faciles à Lire et à Comprendre" (FALC)
Un roman post apocalyptique à hauteur d'enfant, sans fioritures ni démagogie, en voilà un texte intriguant. Pas de zombies, pas d'explosions, juste une classe que l'on fait monter dans un avion, direction un bunker. Une classe choisie aléatoirement, pour survivre à la 3e Guerre Mondiale. Et petit à petit, ce microcosme va apprendre à vivre ensemble, à créer une mini société dans un monde suspendu, sans lien avec l'extérieur. Il faut beaucoup de finesse pour écrire un roman comme celui-ci sans tomber dans le cliché, pour tenir en haleine tout en amenant à s'identifier à une poignée d'enfants qui tente de faire société sans avoir la moindre idée de la survie ou non de leurs proches. Camille Soulène livre un premier roman original et intriguant, une variation subtile sur le thème désormais courant du "monde d'après".
Vous mettez en scène des enfants dans un récit post-apocalyptique, ce qui est peu courant dans le genre ! Comment vous est venue cette idée, ancrée sur notre territoire qui plus est ?
Je me suis dit qu’il serait intéressant d’imaginer la réaction d’un groupe de jeunes enfants (d’environ 11 ans) aux événements actuels et d’imaginer ce que serait cette réaction si ces enfants étaient placés dans une situation de post-guerre nucléaire.
L'ambiance de votre roman rappelle étrangement le monde dans lequel nous vivons. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre l’anticipation, l'ambiance dystopique, et la fidélité au réel des enfants d’aujourd’hui, leurs langages, leurs peurs, leurs désirs ?
La difficulté était précisément de trouver cet équilibre. Quand j’ai eu terminé la rédaction de ce récit, j’ai sollicité l’avis d’une psychologue pour éviter des erreurs patentes sur la psychologie de jeunes enfants.
Le lien aux mots, à la langue, est très important pour Alice, dont nous lisons le journal. Pourquoi avoir choisi le journal à hauteur d'enfant pour raconter le monde post-guerre nucléaire ?
Parce qu’il arrive (même si c’est rare) qu’un enfant ait recours à l’écriture d’un journal intime auquel il ou elle confie ses angoisses, et plus largement ses émotions.
Vous mettez en scène un groupe d’enfants livrés à eux-mêmes, sans adultes ni autorité, contraints d’inventer des règles, des alliances, des conflits. Comment avez-vous travaillé cette dynamique collective, à mi chemin entre l'anticipation et l'expérience sociale ?
J’ai fait appel à des expériences passées d’épisodes de ma vie qui m’ont mise en contact avec de jeunes enfants. Par exemple, au tout début de ma carrière d’enseignement, l’enseignement dans une classe de CE. Par la suite, j’ai toujours gardé la nostalgie de cette situation pédagogique, et je garde un souvenir ému de la fraîcheur et du désir d’apprendre de ces enfants.
Vous êtes par ailleurs linguiste, spécialiste de l'implicite. Comment ce travail a-t-il nourri la voix d’Alice et la manière dont les enfants comprennent – ou ne comprennent pas – ce qui leur arrive ?
Ce métier m’a appris que le contenu implicite de ce que l’on dit ou écrit est souvent plus important que son contenu explicite.
À quoi ressemble une journée dans la vie d'une linguiste ? Qu'implique cette notion comme type de travail, concrètement ?
Pour moi, ce travail implique l’écriture d’articles sur les problèmes de langage auxquels on est constamment confronté. En particulier, le pourquoi de certaines règles de grammaire – par exemple les règles qui sous-tendent la relation entre pouvoir et devoir en français, ou can et must en anglais. Le travail du linguiste peut consister également à donner son avis sur un article avant sa publication (avis favorable ou défavorable).

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