[INTERVIEW] Les éditions 49 pages

À la découverte d'une jeune maison d'édition dédiée à la nouvelle et un tout petit peu plus si affinités : 49 Pages

Ecosystème du livre
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[INTERVIEW] Les éditions 49 pages

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19/3/2026
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10 min
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Elle court elle court, la nouvelle ! Il parait que c'est un genre qui ne se vend pas, que les gens, qui  selon les études du CNL, lisent de moins en moins, veulent des bons gros pavés. Il se dit, il parait, et ent attendant, ça n'empêche pas la nouvelle de bien se porter en France. La tout fraîche maison d'édition indépendante 49 Pages le confirme. Au programme : un format bien pratique à glisser dans ses poches, un choix esthétique et coloré qui donne envie de collectionner tous les titres, et, bien évidemment, une ligne éditoriale soignée, avec un mélange de noms confirmés ou moins connus. Rencontre avec Pierre Poligone, le fondateur, qui a plus d'une idée en tête. 

Je suis éditeur parce que ... je crois que l’imaginaire n’a jamais été aussi réel.

 

Comment êtes vous devenu éditeur ?

Je suis devenu éditeur à la fois par hasard et par nécessité. J’ai toujours été un grand lecteur, et je me suis d’abord mis au service des livres en enseignant dans le secondaire et à l’université. Pour moi, l’édition est une autre manière de prolonger ce geste en faisant découvrir le plaisir et la puissance de la littérature au plus grand nombre. J’ai eu la chance d’avoir des amis qui travaillaient déjà dans ce secteur, et puis j’ai aussi eu l’occasion de faire mes premières armes en éditant une revue culturelle, Zone Critique. 

Pourquoi ce nom pour votre maison ? À quoi se réfère-t-il ?

Un livre de 49 pages, stricto sensu, n’existe pas. En effet, les feuillets doivent nécessairement être des multiples de 4 donc les livres doivent faire 48 pages. Choisir ce nom de 49 pages, c’est d’abord être très clair sur ce qu’on fait : uniquement du texte court. C’est ensuite une manière d'interpeller le lecteur et de susciter une forme de curiosité. Enfin, nous avons trouvé une manière de faire en sorte que nos livres fassent effectivement 49 pages. En effet, la 49e page est une carte postale que le lecteur peut utiliser comme un marque page ou pour faire circuler le livre ! 

Comment avez-vous défini la ligne éditoriale de votre maison ?

Les éditions 49 pages proposent des textes courts, exigeants et décalés. La ligne de la maison est à la fois précise et ample : nous publions des textes qui réactualisent les liens entre la culture et la vie. Cela s’incarne - pour l’instant - à travers une collection, Départ de feu, où des écrivains sont invités à raconter un moment où la vie bascule. Cette ligne résonne comme une évidence à mes yeux : si la littérature a changé ma vie, c’est qu’elle peut également transformer la vie d’autres lecteurs. 

Vous proposez des abonnements, comment fonctionne ce principe ? Pourquoi l’avoir mis en place pour votre maison ?

Notre modèle économique est hybride car nous sommes présents à la fois en librairie et sur abonnement. Pour moi, c’était essentiel d’être en librairie, et je suis fier de savoir que nos livres sont distribués dans une centaine de librairies en France, mais cela ne suffisait pas pour garantir et pérenniser un modèle économique. Je crois à la logique de collection, et j’aime beaucoup réactualiser un système à la fois très ancien (les systèmes d’abonnement à des collections de livre existaient déjà au XIXe siècle) et très moderne (l’abonnement à un produit culturel est aujourd’hui rentré dans les habitudes de consommation). 

Vous publiez des auteurs et autrices d’horizons très différents. Comment les choisissez-vous et travaillez-vous avec elles et eux ?

Les livres de 49 pages reposent sur des histoires d’amitié. J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux auteurs et autrices dont j'ai admiré les livres. C’est d’ailleurs toujours très étonnant cette relation parasociale qui se tisse entre l’auteur et le lecteur. J’ai toujours eu le désir de créer des espaces pour favoriser les rencontres entre les auteurs, les autrices et les lecteurs. Ainsi, quand j’ai eu l’idée de fonder les éditions 49 pages, beaucoup d’auteurs ont choisi de me faire confiance. Le numéro zéro, qui porte le titre de la collection, Départ de feu, est un vrai manifeste esthétique mais aussi un témoignage d’amitié qui comble de gratitude. Nous publions majoritairement des écrivains confirmés mais j’ai également le désir de faire découvrir une nouvelle génération d’auteurs. Les éditions 49 pages se construisent comme un espace de liberté pour les auteurs et les autrices. 

On dit que la forme courte ne se vend pas en France, qu’elle ne remporte pas de succès commercial, pourquoi cet acharnement ?

À l’inverse, je crois que la forme brève est un format d’avenir. Je n’ai rien contre les romans fleuves, bien au contraire, mais je crois que toutes les formes peuvent coexister. La forme brève est moins imposante qu’un roman, elle est plus souple qu’une saga et elle permet d’être peut-être plus expérimentale. C’est aussi une manière de faire découvrir un style et une voix à nos lecteurs - qui pourront ensuite se tourner vers les autres œuvres de nos auteurs. 

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ? Et qui vous plaît le moins ?

La lecture de textes inédits et les relations avec les auteurs sont les deux raisons qui m’ont conduit à créer 49 pages. C’est toujours un bonheur d’avoir la chance de lire une première version d’un écrivain qu’on admire. Ce qui me plaît le moins, ou du moins la dimension sur laquelle je peux encore m’améliorer, c’est la partie commerciale. En tant qu’éditeur indépendant, je dois m’occuper de toute la logistique et de tout le marketing, et ce n’est pas ma formation initiale. Néanmoins, je suis persuadé que nos livres répondent à des impératifs profonds, et c’est cela qui me porte au quotidien. 

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