[INTERVIEW] EUPL 2026 : Panorama avec Frans Wachtmeister

Un suédois exilé au Japon nous parle de littérature contemporaine et de regards croisés.

Regards européens
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[INTERVIEW] EUPL 2026 : Panorama avec Frans Wachtmeister

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17/9/2026
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Suédois exilé au Japon depuis plus d'une décennie, Frans Wachtmeister a pris soin de conserver son regard européen, où  sa sensibilité littéraire se pare d'un cynisme sans concessions. Ses romans — tous deux nommés à plusieurs prix — suivent des Occidentaux perdus dans une culture qui ne leur appartient pas. Une façon, pour cet expatrié, de questionner le rapport à l'étranger, à l'ailleurs, et à la manière dont nous investissons le territoire. Sélectionné pour le Prix de Littérature de l'Union Européenne 2026, Frans nous parle, entre autres sujets, de survie, de Houellebecq, et de chasseurs-cueilleurs pour un panorama rédigé en français dans le texte par cet écrivain polyglotte. 

Vous êtes une voix singulière dans votre pays. Qu'est-ce qui vous a amené à l'écriture ?

Au début, l’écriture était pour moi une stratégie de survie. À l’époque, je travaillais dans l’administration d’une université à Tokyo. J’étais le seul étranger, et l’expérience correspondait parfaitement avec celle décrite par Amélie Nothomb dans Stupeur et tremblements. Le seul avantage, c’était que je pouvais rentrer chez moi assez tôt le soir, et j’en profitais pour écrire. C’était ma petite révolution secrète.

La lecture vous nourrit-elle, et de quelle façon alimente-t-elle votre propre écriture ?

Évidemment, pour être un bon écrivain, il faut lire beaucoup. Mais depuis que j’écris, ma manière de lire est devenue beaucoup plus fonctionnelle. C’est-à-dire je ne lis plus uniquement pour le plaisir, mais surtout pour trouver de l’inspiration ; des idées, des histoires ou même parfois des phrases entières qui pourraient servir à quelque chose dans mes propres projets. Je fais toujours des notes lorsque je lis. On m’appellerait peut-être un lecteur chasseur-cueilleur.

Quel regard portez-vous sur la littérature suédoise contemporaine ? Vous sentez-vous connecté à elle, alors que vous avez quitté la Suède pour le Japon à l'âge de 17 ans ? Y a-t-il des tendances notables dans la littérature suédoise aujourd'hui ? Lesquelles ?

Après le début, j’ai été étonné de constater l’importance d’être présent physiquement dans le monde littéraire. Même avec deux romans nominés aux plusieurs prix, habitant à Tokyo, j’ai toujours l’impression que personne ne me connaît en Suède et que je ne fais pas partie de ce monde. J’hésite donc à en parler trop, mais en ce qui concerne les courants récents, j’ai remarqué de nombreuses des influences cinématographiques, tant au niveau des scénarios que de l’esthétique et du style. C’est comme si les romanciers préféraient aujourd’hui Tarantino ou Kubrick aux écrivains. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure voie pour la littérature.

Quels écrivains vous inspirent, contemporains ou classiques, suédois ou internationaux ?

Parmi les contemporains, j’aime beaucoup Christian Kracht pour sa manière de sans pudeur mêler les styles et les genres dans ses livres. En Suède, August Strindberg reste un idéal avec ses analyses lucides, son ton virulent et son humour. En Europe, je pense qu’il est surtout connu pour son théâtre, mais c’était aussi un écrivain remarquable.

Vos deux romans se déroulent au Japon et suivent des Occidentaux qui peinent à y trouver leur place. Est-ce là votre obsession littéraire — et d'où vient-elle ?

Mes deux premiers romans se déroulent au Japon. L’un des thèmes principaux est la possibilité - ou plutôt l’impossibilité - de pénétrer dans une autre culture et d’y s’intégrer. Il n’est sans doute pas nécessaire de préciser que je m’inspire largement de ma propre expérience de vie en tant qu’étranger dans un autre pays pendant toute ma vie adulte. En Suède - et en France aussi, je m’imagine - on parle beaucoup d’intégration et d’assimilation, mais presque toujours du point de vue de l’étranger. Inverser les rôles m’a permis de traiter ce thème plus librement, sans contrainte.

Votre style a été comparé à celui de Houellebecq et de Bret Easton Ellis. Revendiquez-vous cette filiation cynique, ou la comparaison vous surprend-elle ?

En fait, je n’ai pas encore lu Ellis, mais la comparaison me plaît évidemment. Quant à Houellebecq, je pense qu’on remarqua vite son influence dans mes romans. C’est naturel, parce qu' il a été une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à écrire, et j’ai beaucoup appris en lisant son œuvre. Aujourd’hui cependant, j’essaye de m’en détacher afin de trouver un style plus personnel. On ne peut pas rester un disciple pour toujours.

Quels sont vos trois livres préférés — ceux que vous considérez comme essentiels ?

L’extension du domaine de la lutte – Michel Houellebecq

Guerre et Paix – Léon Tolstoï

Don Quijote – Cervantes

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