[INTERVIEW] EUPL 2026 : Masterclass avec Mathias Ospelt

À la découverte de la diversité littéraire européenne avec la cuvée 2026 de l'EUPL, Prix de Littérature de l'Union Européenne. Pour inaugurer ce cycle de rencontres et échanges, l'écrivain liechtensteinois Mathias Ospelt nous emmène en masterclass dans les coulisses de son travail.

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[INTERVIEW] EUPL 2026 : Masterclass avec Mathias Ospelt

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17/6/2026
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Nommé pour l'(édition 2026 du Prix de Littérature de l'Union européenne (EUPL pour les habitué·e·s), l'écrivain liechtensteinois Mathias Ospelt, très actif dans la sphère littéraire de son pays, s'impose avec un roman hybride, entre policier et étude sociale autour d'und rame qui a secoué le Liechtenstein dans les années 1960. Ecrivain, artiste de cabaret, satiriste, éditorialiste, traducteur, librettiste, organisateur d'événements, Mathias Ospelt est un artiste protéiforme et multi genres pleinement dédié à la circulation de la littérature. Roman, nouvelles, théâtre et poésie voisinent dans sa bibliographie, non traduite en français (pour le moment, peut-être). Pour Bookalicious, il livre une masterclass d'écriture, au plus près de son univers et de ses habitudes. (English version below)

Quand vous développez une nouvelle histoire, qu'est-ce qui vous vient en premier : le thème ou les personnages ?

Dans cette forme d'écriture particulière que j'ai choisie pour mon projet de roman policier (un roman policier par décennie que j'ai moi-même vécue), le thème et le personnage sont aussi importants l'un que l'autre. Selon la décennie sur laquelle j'écris, je choisis une affaire criminelle réelle survenue au Liechtenstein durant cette période — ce qui signifie que je pars à la fois du cas réel (qui définit le thème) et des personnes impliquées (la victime comme l'auteur des faits, personnages réels comme personnages fictifs) simultanément. Une fois ce cadre posé, je bascule dans la fiction.

Comment construisez-vous le récit ? Pouvez-vous nous guider à travers votre processus en termes de structure et de développement des personnages ?

Vous mentionnez là mes deux points les plus faibles  : la structure et le développement des personnages. Bien sûr, une fois le cadre défini, j'ai une idée très précise de ce que je veux écrire, de la façon dont le roman commence, et une idée vague de comment et avec qui il se terminera. Une fois que je suis « dans le flux », je laisse les personnages se développer d'eux-mêmes (en fonction des situations dans lesquelles ils se trouvent), et je les laisse aussi m'aider à décider de la tournure que pourrait prendre l'histoire. Je sais que ça peut paraître un peu prétentieux, mais il m'importe de ne pas considérer les personnages de mes romans comme de simples outils au service de mon idée d'un roman policier — je les vois comme des êtres auxquels je m'identifie profondément, qu'ils soient bons, mauvais ou franchement malveillants, et comme des partenaires qui m'aident à raconter mon histoire.

À quoi ressemble votre routine de travail habituelle ? Cette méthode a-t-elle évolué au fil du temps, ou vous est-elle venue naturellement, surtout compte tenu du nombre de projets très différents que vous menez de front ?

Après plus de trente ans d'écriture plus ou moins professionnelle, je n'ai toujours pas trouvé de routine de travail. J'écris chaque fois qu'il me reste un peu de temps libre. Mais pour mes deux premiers romans, j'ai obtenu une bourse du gouvernement qui m'a permis de m'enfermer quelques mois dans notre appartement en Écosse pour écrire dans le calme et la tranquillité. Sans ce luxe, je ne pense pas que j'aurais été capable de terminer un seul roman.

Ebaholz est ancré dans une affaire criminelle réelle qui a marqué le Liechtenstein dans les années 1960. Qu'est-ce qui vous attire, d'un point de vue littéraire, dans ce dialogue entre histoire vraie et fiction ? Comment trouvez-vous la juste frontière entre ce qui s'est réellement passé et ce que vous inventez ?

Ebaholz est la première partie d'un projet qui s'étend sur les quatre premières décennies que j'ai moi-même vécues. Ce projet me permet de décrire ma vision personnelle de chaque décennie et de recréer l'atmosphère de l'époque avec mes propres mots, tout en me plongeant dans mon passé biographique et en me permettant de revivre certaines phases de ma vie. En m'appuyant sur un cas réel que je mêle à des expériences personnelles, je crée une réalité depuis laquelle je peux basculer dans la fiction pure et lui donner l'apparence du vrai.

Vous êtes également artiste de cabaret et satiriste depuis plus de trente ans. Comment cet art du langage affûté, de l'esprit et du timing comique nourrit-il votre écriture littéraire ? Y a-t-il des moments où les deux formes entrent en tension ?

Le sens de la satire et l'expérience de l'écriture comique sont d'une aide précieuse pour décrire l'évolution du Liechtenstein — d'un pays agricole pauvre (jusqu'aux années 1950) à l'un des pays les plus riches du monde. Ce qu'un développement aussi rapide et radical a fait, et fait encore, à la psyché de mes compatriotes ne peut parfois se dire qu'à travers l'humour, et c'est en soi une matière à comédie. Écrire pour la scène (comique) aide aussi à écrire les dialogues du roman — ils doivent eux aussi être vifs, tranchants, précis et authentiques. Mais la frontière est parfois mince entre l'écriture satirique et les bons mots d'un côté, et l'intention littéraire d'écrire quelque chose de profond de l'autre. Et puis : tout n'est pas drôle. Surtout quand on a affaire à des victimes et à des auteurs de crimes.

Vous écrivez pour des publics très différents — romans, livrets de comédie musicale, chroniques, livres pour enfants. Comment votre approche change-t-elle selon la forme et le lecteur que vous avez en tête ?

Les différents lecteurs ont des attentes différentes. Quel que soit le genre littéraire dans lequel j'écris, j'essaie de le garder à l'esprit en m'appuyant sur l'expérience et en lisant moi-même des textes variés. Les enfants n'ont pas envie de lire mes opinions politiques, la satire n'est peut-être pas à sa place dans une comédie musicale qui cherche à plaire au public, les lecteurs de mes romans ne s'attendent pas à une lecture facile, et ainsi de suite.

Quel est le meilleur conseil d'écriture qu'on vous ait jamais donné ?

Tout ce que vous avez en tête n'est pas forcément important. Ayez la grâce (ou le courage) de raccourcir votre texte.

Et à l'inverse — quel est le pire conseil d'écriture qu'on vous ait donné ?

Ne lâchez pas votre travail alimentaire.

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When you're developing a new story, what usually comes to you first — the theme or the characters ?

In this particular form of writing that I had chosen for my crime-novel-project (a crime novel for each decade I experienced myself), theme and character are equally important. Depending on the decade I write about, I choose a true crime case that happened in Liechtenstein during the relevant decade, which means, that I start with both the real case (which defines the theme) and the people involved (the victim as well as the perpetrator, real people as well as fictitious people) at the same time. Once that is set, I go into fiction from there.

How do you go about shaping the narrative ? Could you walk us through your process in terms of structure and character development ?

You mention my two weakest points 😊: structure and character development. Of course, once the setting is defined, I have a very good idea about what I want to write about, how the novel starts and I have a vague idea how and with whom it will end. Once I’m “in the flow” I let the characters develop themselves (depending on the situations they find themselves in) and I also let the characters help me decide on how the story might finish. I know this sounds a bit pretentious, but it is important to me to look at the characters in my novel not just as tools to spread my idea of a crime story, but as characters I deeply relate to, no matter whether they are good, bad or evil, and as partners who help me tell my story.   

What does your typical working routine look like ? Has this method evolved over time, or did it come to you naturally — especially given how many very different projects you juggle at once ?

After more than 30 years of more or less professional writing I still haven’t found a working routine. I write whenever there is some free time. But for my first two novels I got a grant from the government which enabled me to lock myself up in our flat in Scotland for a couple of months and write in peace and quiet. Without this luxury I don’t think I would be able to finish one single novel.

Ebaholz is rooted in a real criminal case that marked Liechtenstein in the 1960s. What draws you, from a literary standpoint, to this dialogue between true history and fiction ? How do you find the right boundary between what actually happened and what you invent ?

Ebaholz is the first part of a project that spreads over the first four decades I experienced myself. The project allows me to describe my personal views of each decade and re-create the atmosphere of the time in my own words and also lets me dive into my own biographical past and relive certain phases of my life. In using a real case and mixing it with personal experiences I create a reality from which I can delve into complete fiction and make the fiction appear as real.

You have also been a cabaret artist and satirist for over thirty years. How does that art of sharp language, wit, and perfectly timed humor feed into your literary writing ? Are there moments when the two forms pull against each other ?

A sense for satire and the experience of writing for comedy helps enormously when it comes to describing the development of Liechtenstein from a poor agricultural country (up until the 1950s) to one of the wealthiest countries in the world. What such a relatively quick and radical development did and still does to the psyche of my fellow countrymen and women can sometimes only be described by using humor and is stuff for comedy in itself. Writing for the stage (comedy) also helps in writing dialogues for the novel. They also should be quick, sharp, precise and authentic. But it’s a thin line sometimes between writing satire and one liners and the literary intention to write something profound. Apart from that: not everything is funny. Especially when you are dealing with victims and perpetrators. 

You write for very different audiences — novels, musical libretti, columns, children's books. How does your approach shift depending on the form and the reader you have in mind ?

Different readers have different expectations. In whatever literary genre I write, I try to keep that in mind by relying on experience and reading different texts myself. Children don’t want to read my political views, satire is maybe the wrong place in a musical that tries to please people, readers of my novels don’t expect easy reading and so on. 

What's the best piece of writing advice you've ever received ?

Not everything you have in mind is important. Have the grace (or the courage) to shorten your text. 

And on the flip side — what's the worst piece of writing advice you've been given ?

Don’t give up the day job 😊

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