Dossier traduction : Sébastien Doubinsky, écrivain et traducteur

Dossier traduction : Sébastien Doubinsky, écrivain et traducteur

Date
7/6/2018
Lecture
Partage
Tags
No items found.
sebastien-doubinsky

Traduit l'anglais, et écrit en anglais comme en français

Quand on écrit, quel est son rapport à la traduction ? Pour moi, qui suis un écrivain bilingue, la question est un peu compliquée. Si on parle d’auto-traduction, alors le rapport est immédiat et symbiotique, même s’il ne s’agit pas tout à fait du même écrivain qui écrit en anglais ou en français. La double identité parfaite n’existe pas, quoi qu’en disent Beckett et Nabokov. Par contre, pour la traduction en tant que telle, d’autres oeuvres, je dirais que quand on est écrivain, on a peut-être plus de liberté par rapport au texte original - non pas que l’on va traduire n’importe comment, mais que la palette entre le littéral et l’adapté est plus large. Cependant, cela dit, lorsque j’écris cela, je me rends compte que bien des traducteurs qui ne sont pas officiellement écrivains font un bien meilleur boulot que beaucoup d’écrivains. Finalement, le troisième aspect, qui dépasse votre question, mais à mes yeux essentiel, c’est souvent par les traductions qu’on lit qu’on devient écrivain. Pensez-vous qu’être écrivain soit un atout pour la casquette de traducteur ? Je ne sais pas. Pas forcément. Beaucoup d’écrivains ont “mal traduit” des écrivains qu’ils aimaient - je pense ici à la traduction de Cendrars par Dos Passos. D’autres, comme Baudelaire, ont “embelli” leurs auteurs - ici, Baudelaire et Poe. L’atout de l’écrivain est de faire découvrir d’autres écrivains en dehors du circuit purement commercial. Claro, par exemple, a fait énormément pour la littérature d’avant-garde américaine.

C’est souvent par les traductions qu’on lit qu’on devient écrivain.

Quelle activité préférez-vous exercer ? Les deux sont complémentaires, mais je préfère traduire, c’est moins fatiguant. Non, je plaisante: il est évident qu’un écrivain préfèrera toujours écrire que traduire. Cependant, traduire est aussi pour moi une activité vitale, qui m’oblige à me mesurer directement à la langue. Mais les deux activités participent du même match de boxe, sauf que dans un cas, c’est soi-même qu’on affronte, et dans l’autre un adversaire étranger.

Une bonne traduction est une traduction qui correspond aux désirs du temps

Quelles sont les qualités inhérentes à un bon traducteur, donc une bonne traduction ? La question de la “bonne traduction” est une question qui me dérange. Toutes les traductions sont liées à leur époque et à leur style, et les goûts changent. Je crois qu’une bonne traduction est une traduction qui correspond aux désirs du temps. Marcowitz est arrivé avec Dostoievski à un moment où on avait besoin de lui, où on avait besoin de lire une littérature rusee “renouvelée”. Mais Coindreau, qui a mes yeux a fait un travail souvent effroyable avec Faulkner, l’a en même temps fait connaître - comme toutes les traductions des classiques au XIXème siècle, dont il de bon ton de rire aujourd’hui, mais qui ont diffusé la culture classique. Donc je me méfie aussi du terme “mauvaise traduction”. Une bonne traduction, pour quand même répondre à votre question, est une traduction qui a un impact. Voilà.

Articles récents

[INTERVIEW] Stéphanie Morelli, directrice de la Maison de la Poésie des Hauts-de-France

Qu'est-ce qu'une "maison de la poésie", quelles sont ses missions, entre animations et médiation ? Stéphanie Morelli, directrice de la vous ouvre grand les portes de cette belle demeure où la poésie s’incarne au quotidien.

[INTERVIEW] Christophe SIébert : Bienvenue à Mertvecgorod

Mertvecgorod : ville de non droit dans un pays dictatorial, qui prend vie dans au fil des livres, entre l’univers de jeu de rôle, et la dimension parallèle. Pour une visite inédite, suivez son créateur, Christophe Siébert. ‍

[INTERVIEW] Éditions Monts Métallifères

Rencontre avec un éditeur indépendant qui aime dérouter, déranger, et surprendre.