Nicolas Santolaria : "Siri semble en tout cas nourrir le foie, plutôt que la foi"

Nicolas Santolaria : "Siri semble en tout cas nourrir le foie, plutôt que la foi"

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8/11/2016
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La septième version du téléphone à la pomme vient de sortir. Et avec elle, son intelligence supérieure vocale, accessible d’un simple haussement de voix et du sésame « Dis, Siri », n'importe quand. Donne moi l’heure, le trajet le plus court pour aller au travail, la météo, lis mes messages, ouvre Facebook, écris à maman, reconnais ce morceau, raconte moi une blague… Dis, Siri, modifie subtilement mon rapport à l’information, à l’accessibilité, à l’interaction sociale, à l’information, à la recherche, au langage, soulève des questions existentielles sur l’altérité, interroge notre sens du dialogue et notre lien aux machines… Depuis quelques années, que l’on s’en serve réellement ou que l’on joue à décliner toutes les questions les plus saugrenues et absurdes, l’assistant vocal popularisé par Apple concentre à lui seul toutes ces problématiques et questionnements.

Que les (hélas, pour eux, nombreux) grincheux opposés à la célèbre pomme croquée se rassurent: cet essai n’est pas une ode exaltée à Apple ni un manifeste visant à convertir les infidèles au Dieu Siri. En 300 pages, le journaliste Nicolas Santolaria navigue avec aisance d’Aristote à 2001 : l’Odyssée de l’Espace, d’études universitaires en extraits de Keynotes. Les références jalonnent la réflexion, toujours ouverte. Le ton et l’univers pop assumés et affichés n’enlèvent rien au fond étayé et structuré, articulé sur un trépied philosophique, scientifique et psychanalytique. On découvre les origines de notre jouet vocal, l’obsession séculaire pour l’objet parlant, les remises en question qu’il induit, détail par détail. Nicolas Santolaria déroule une pensée claire et méthodique à la fois, ludique et pédagogique. On l’accompagne volontiers dans cette enquête 2.0 d’un genre nouveau.

INTERVIEW

Utilisez-vous Siri depuis longtemps ?

Non. Même si je connaissais son existence, j’ai plus ou moins découvert les subtilités de son fonctionnement en réalisant cette enquête. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’a poussé à interviewer des utilisateurs, qui ont un point de vue pratique bien plus affiné que le mien sur ce que peut être Siri.

Que demandez-vous le plus à Siri ?

Je lui pose essentiellement des questions d’ordre métaphysique ou existentiel, pour voir ce qu’il a à répondre. Ses réparties sont souvent très drôles et bien pensées car ont été écrites par des humains. Elles sont au cœur de la dynamique illusionniste produite par le dispositif. Il a, au travers de ces réparties, une dimension de performer qui a d’ailleurs été récemment mise à profit dans un spectacle théâtral.

Quelle est la question / réponse que vous préférez ?

J’aime beaucoup celle qui est imprimée sur la couverture du livre : « Quel est le sens de la vie ? Toutes les preuves à ce jour semblent indiquer que c’est le chocolat. » Il y a un côté délicieusement surréaliste et en même temps une forme extrêmement positiviste dans l’énoncé qui en fait toute la saveur. Après tout, c’est peut-être une hypothèse à creuser… Siri semble en tout cas nourrir le foie, plutôt que la foi.

Avez-vous observé un changement dans l’usage de votre iPhone depuis Siri ? Dans votre rapport à la communication ?

J’ai compris que nous allions être amenés à parler de plus en plus souvent à nos objets et que cette réalité à venir conduirait à des projections affectives inédites que j’ai tenté d’analyser. Il est clair qu’on n’utilise plus son iPhone de la même manière, Siri pouvant être envisagé comme un raccourci pour de nombreuses tâches fastidieuses (rendez-vous dans l’agenda, recherche d’info sans les mains).

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette enquête 2.0 ?

Je trouvais très intéressant qu’un objet puisse parler. C’est, à ce niveau de perfectionnement, une situation inédite qui interroge en profondeur la vision anthropologique que nous avons de nous-même. J’ai donc voulu essayer de comprendre comment tout ceci s’articulait. Mais il y a aussi au départ une dimension de hasard, ou de providence. Mon fils jouait avec Siri et je trouvais cette interaction à la fois très drôle et soulevant plein de questions. J’en ai fait initialement un article pour Slate puis ça m’a donné l’idée de me lancer sur un travail plus vaste concernant les interfaces vocales. J’ai ensuite compris que cet objet correspondait à un basculement profond dans l’usage de nos outils informatiques, un moment techno-historique particulier.

"Dis Siri" de Nicolas Santolaria. Editions Anamosa

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