Chronique. Grand Hotel Europa

Plébiscité par la presse internationale, ce (grand) roman néerlandais, écrit par Ilja Leonard Pfeijffer, oscille entre observation du réel, histoire d'amour et regard implacable sur la société.

Chronique. Grand Hotel Europa

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28/1/2022
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Mis en avant par Les Phares du Nord, cet éclairage sur la littérature des Pays-Bas et plébiscité par la presse littéraire internationale, ce (grand) roman néerlandais oscille, parmi plusieurs thématiques fortes, entre observation du réel, histoire d'amour et regard implacable sur la société. C'est l'heure du check-in au Grand Hotel Europa d'Ilja Leonard Pfeijffer.

D’un sujet très simple, un écrivain venu se remettre d’une rupture douloureuse dans un palace un peu suranné, Ilja Leonard Pfeijffer construit un roman protéiforme qui mêle, entre autres, auto-fiction, politique, amour, voyage, autodérision et observation sociale. Sans doute n’est-ce pas un hasard si l’ambiance, en plus du titre clin d’œil, rappelle le film Grand Hotel Budapest, de Wes Anderson, ou encore le livre Grand Hotel, de Vicky Baum. L’hôtel, dans la littérature comme dans le cinéma, apparaît souvent comme le lieu de tous les possibles, le carrefour où des trajectoires multiples se retrouvent. Il y aurait sans doute une véritable enquête à mener sur l’importance de l’hotel dans la littérature, européenne en particulier, mais ce n’est pas le sujet.  

Revenons à notre écrivain néerlandais désabusé, fraîchement installé dans cet hôtel auquel le nouveau propriétaire chinois souhaite donner une touche luxueuse proche du « bling bling » afin de séduire ses compatriotes. Avant d’arriver dans cette galerie de personnalités singulières où l’on croise notamment un armateur crétois, une poétesse française, un groom rescapé d’un naufrage en Méditerranée comme tant d’autres migrants, le narrateur était à Venise où il vivait une histoire d’amour intense avec Clio, historienne de l’art passionnée. Ilja Leonard Pfeijffer alterne le récit de cette idylle passée et celui, au présent, de son évolution dans l’hôtel. Petit à petit, presque entre les lignes, une autre histoire émerge, une histoire qui dépasse la singularité des protagonistes et dessine une réflexion de fond sur les paradoxes du continent Européen. 

Adossé à une écriture élégante et subtile, l’auteur entrelace les récits pour faire émerger une observation tout en finesse et en métaphores sur le tourisme de masse qui ravage certains lieux emblématiques et la manière dont sont traités les migrants, deux problématiques fortes auxquelles est confrontée une Europe nostalgique et prisonnière de son passé. L’élégance du style n’affaiblit en rien la virulence avec laquelle l’auteur attaque, en réalité, le libéralisme galopant qui dévore le Vieux Continent de l’intérieur. 

Avec Grand Hotel Europa, le prolixe écrivain et poète (et dramaturge) néerlandais Ilja Leonard Pfeijffer semble prendre un malin plaisir à mélanger les genres littéraires et jouer sur les époques. Plaisir qu’il adosse à une maîtrise époustouflante de la narration et de la construction du récit. Traduit pour la première fois en Français, Ilja Leonard Pfeijffer apparaît comme un écrivain majeur et son magistral roman européen, Grand Hôtel Europa s’impose comme un grand classique contemporain, porté jusqu’à nos librairies par la magie de la traduction. 

Grand Hotel Europa. Editions Presses de la Cité. Traduction du néerlandais par Françoise Antoine

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